Particule De Fin / Alison Bignon - Camille Moravia

Œuvre commune
Rêverie de l’initiation ( recherche photographique littéraire )
Danse de la reconstruction ( Re tapisser d’une seconde peau ce qui ne peut l’être )
Radiographie d’un espace intime, du nous.

Exposition du 18 mars au 29 mars 2016

Vernissage le 17 mars partir de 18h30

Ce petit livre paru en 1957 reprend les notes qui ont présidé à la confection en 1933 de La Poupée, sculpture singulière, mannequin féminin en pièces détachées qui pouvait prendre des attitudes et se prêter à des contorsions inhabituelles. Il comprend trois parties.

Dans la première partie, « Les images du moi », Bellmer part de l’exemple d’une rage de dents pour montrer qu’à une excitation réelle peut correspondre une excitation virtuelle. S’appuyant principalement sur les travaux de Freud, il éclaire les mécanismes de la représentation d’une réalité interdite ou trop douloureuse pour la conscience. Il montre que tout ce qui relève des opérations pratiquées sur les mots (anagrammes, palindromes,... ) procède d’une transgression fondamentale. Perec s’est servi d’un passage de ce livre, la matérialisation du parcours du ver dans un morceau de bois, pour l’écriture de « La vie mode d’emploi ».

Dans « L’anatomie de l’amour », Bellmer écrit que « l’image de la femme désirée serait prédéterminée par l’image de l’homme qui désire ». Il suppose que le corps désiré de la femme passe par une désarticulation et une recomposition de ses formes, semblable aux opérations en jeu dans la permutation mathématique et les transformations de la géométrie spatiale. « L’homme impose à l’image de la femme ses élémentaires certitudes, les habitudes géométriques et algébriques de sa pensée. » Il donne comme exemple le plus frappant celui du « couple des fesses ovoïdes qui donne l’élan à l’épine dorsale », qu’il assimile au sexe masculin muni de ses deux « attributs ».

Un dessin de Bellmer en propose une illustration saisissante.

« L’essentiel à retenir du monstrueux dictionnaire de l’image, c’est que tel détail, telle jambe, n’est perceptible, accessible à la mémoire et disponible, bref n’est REEL que si le désir ne le prend pas fatalement pour une jambe. L’objet identique à lui-même reste sans réalité. » Cette citation, reprise dans un essai marquant de Annie Lebrun (Du trop de réalité, Stock, 2000), permettait à l’auteure de montrer combien la description « plate » des rapports sexuels qu’on a pu lire dans nombreux livres de romancier(e)s de ces dernières années

manquait de « profondeur » et de force évocatrice certaine du fait de cette absence de redoublement du corps décrit, d’un défaut d’imagination de ces auteurs.

Bellmer cite le cas d’un criminel qui "abolit le mur

qui sépare la femme de son image » : « Un homme pour transformer sa victime avait étroitement ficelé ses cuisses, ses épaules, sa poitrine d’un fil de fer serré entrecroisé à tout hasard, provoquant des boursouflures

de chair, des triangles sphériques irréguliers allongeant des plis, des lèvres malpropres, multipliant des seins jamais vus en des emplacement inavouables ». Ce que peut faire par contre en toute impunité l’artiste Bellmer dans ses dessins érotiques.

Bien que Bellmer dénie à la photographie la capacité de désarticuler le corps féminin de la sorte, on pense à Araki qui s’est rendu célèbre par ses photos de femmes « bondagées ».

Pour qu’il y ait impression forte, évocation durable, dit en substance Bellmer, l’image « doit transformer son objet », métamorphoser « la chose vivante et tridimensionnelle ».

Il avance aussi à l’appui de sa thèse la statue de Diane d’Ephèse : « un cône noir hérissé de seins » et cite Baudelaire écrivant : « Glorifier le culte des images - culte de la sensation multipliée. La jouissance de la multiplication du nombre. - L’ivresse est un nombre. Le nombre est dans l’individu. »

Enfin, dans « Le monde extérieur », il poursuit en disant que « par exemple un pied féminin n’est réel que si le désir ne le prend pas fatalement pour un pied. » Après analyse de rêves personnels, il avance que c’est le monde extérieur, avec son lot d’impressions, qui permet à une prédisposition subjective de déterminer le choix précis de l’image-souvenir enfouie dans la mémoire, de se projeter sur le réel. Il conclut en disant que lorsque l’intuition et l’imagination mettent en liaison monde extérieur et monde intérieur par le fait du hasard, il se produit une « étrange multiplication de la conscience », un fort sentiment de vérité comme si « ce qui n’est pas confirmé par le hasard n’avait aucune validité ».

Un livre indispensable pour rêver encore, dire et représenter le corps de la femme.