On Ne Dormira Jamais

« PROLONGATION DE L’EXPOSITION JUSQU’AU 25 MARS 2017 !!! »

On ne conte pas sans public. 
La Galerie de la Voûte présente : « On ne dormira jamais » Exposition collective de Tamina Beausoleil, Corine Borgnet, Cornelia Eichhorn, Iris Gallarotti, et Nathalie Tacheau.
 
Bruno Bettelheim dit que tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu’exige notre passage de l’immaturité à la maturité. Pour ceux qui se plongent dans ce que le conte de fées a à communiquer, il devient un lac paisible qui semble d’abord refléter notre image ; mais derrière cette image, nous découvrons bientôt le tumulte intérieur de notre esprit, sa profondeur et la manière de nous mettre en paix avec lui et le monde extérieur, ce qui nous récompense de nos efforts. « L’œuvre de Corine Borgnet, sous des dehors ludiques et insolites, est toute entière tournée vers le monde de l’enfance, qu’elle conçoit comme originel et ultime territoire de liberté. Non qu’elle ait précisément la nostalgie de cette « parenthèse enchantée », mais elle conçoit ce moment de l’existence comme un espace-temps privilégié dans lequel la double emprise du principe de plaisir et des effrois de l’enfance – source de tous les imaginaires – ne se sont pas encore heurtés à la rationalité, au principe de réalité et aux nécessités économiques… »*
 
Le conte invite à l’évasion mais il transmet également des messages, aide à connaître le monde et l’existence humaine à travers des métaphores, et des personnifications… Il a la facilité de donner du sens à la réalité tout en nous laissant nous transcender et laisser place à notre inventivité, nous invitant à un voyage imaginaire où chacun d’entre nous trouve dans le conte son propre sens en regard de son histoire, et sa propre leçon de vie. Les compositions de Nathalie Tacheau sont construites par découpage et collage de dessins originaux, répétition de calques de ses dessins et de leurs photocopies, assemblés à des images d’origines diverses. Sous l’influence d’associations d’idées, elle reconstruit des êtres, hommes, femmes, animaux, enfants. L’artiste les rapproche, les superpose, les déforme jusqu’à ce que cet assemblage tienne comme le début d’une histoire, d’une fiction, le point d’ancrage d’une narration qui s’échappera par le regard de l’autre. 
 
« Ceci est un conte »...« ...Il était une fois, trois fois rien... » Des formules quasi universelles, et voilà que s’ouvre l’espace de la parole et du silence, le temps de la profération. Le temps et l’espace du conte constituent, comme ceux du rêve, une autre scène, dont beaucoup d’éléments semblent familiers. Pour Etienne Perrot, le traducteur de Jung, les contes sont des rêves élaborés et les rêves, des contes nocturnes. Pour l’anthropologue Geza Roheim, les contes sont probablement issus de récits de rêves.
Iris Gallarotti est habitée par la vision d’images qui fonctionnent selon le paradoxe d’apparition-disparition, qui révèlent ce que l’on ne peut voir ou ce que l’on ne sait pas savoir. Ses œuvres traitent inlassablement de mémoire, celle du corps et celle de l’esprit, entre réminiscence et reconstruction des souvenirs. " Iris Gallarotti ne se veut pas chercheuse de trophée imaginaire à ramener chez elle mais d’un regard du plus profond de l’être... Au rêveur endormi fait place l’insomniaque rêveur, sidéré par ce que le dessin étale et condense en transposant l’image du rêve dans un autre champ de perception sensorielle."**
 
Contes et rêves sont de la même matière. Les deux parlent la même langue, le langage symbolique. Ils mettent en image, en scénario, l’autre face du vécu d’un individu ou d’une société.
 
Les contes parlent à ce qu’il y a de plus intime en nous. Ils livrent une « anatomie comparée » de l’âme humaine collective et délivrent de merveilleux messages. Ils représentent une rencontre qui aide à construire, à avancer, à grandir, mobilisent toutes nos ressources « de la pensée aux muscles » et engagent la société.
Cornelia Eichhorn cherche un langage artistique qui met-en-scène une sorte de torture infligée à ses protagonistes, soit dans leurs postures, dans leur actions ou par leur environnement. Ils deviennent ainsi des marionnettes, des cobayes qui sont forcés à incarner des dysfonctionnements des relations et valeurs humaines, les rapports de forces pervers entre l’individu et le groupe. Elle utilise une imagerie violente parce que ces contrariétés sont minimisés dans la société alors qu’il n’y a rien de plus violent parfois et qu’elles conditionnent toute notre existence.
 https://vimeo.com/65186670

Telles les œuvres d’art, comme autant de formules ouvrant la porte sur le merveilleux, ce merveilleux aux différentes formes, fantastique, réaliste ou surréaliste, se propose de nous faire découvrir la réalité quotidienne comme inconnue et toujours nouvelle.
Passage initiatique nécessaire pour évoluer d’un état à vers un autre, pour se former, grandir à travers des métamorphoses, passage nous permettant d’aller de la nature à la culture, de l’animalité à l’humanité.
Les œuvres de Tamina Beausoleil sont des dessins, des collages, des peintures à l’huile et des photographies. Elles questionnent la représentation du corps, et du vivant dans tous ses énoncés. Comment, à travers ses interpellations quotidiennes (les surnoms, le langage familier), son corpus scientifique (les planches anatomiques, les images médicales), et les figures archétypales (les postures érotiques, les mythes et les légendes) avons nous conscience de notre propre corps dans l’intervalle entre réalité brutale et fantasme le plus débridé ?
Les images deviennent hybrides, polysémiques, poétiques, démonstratives, se jouant des certitudes et des échelles, comme du dedans et du dehors, elles viennent bousculer, comme dans un conte à dormir debout, notre tentation de l’oubli de soi.
L’initiation s’inscrit comme une idée d’achèvement, de construction personnelle où chaque expérience nous forge, elle prend alors sens tant sur le plan humain que spirituel. Une épreuve initiatique où nous jouissons d’une existence autre, un héritage laissé des sociétés anciennes, une transmission.
 
La finalité du conte reste toujours de surpasser « la mort » et de n’en sortir que meilleur.
 
« Ne pas croire aux fées, c’est ne pas croire à soi même. »
Aragon
 
Isabelle Nourry & Thomas JM
*Marie Deparis-Yafil
**Jean-Paul Gavard-Perret
Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, traduction de Théo Carlier
« Conférences Consonances au Théâtre de la Renaissance à Oullins » Laureline Amanieux Anne-Claire Huby
Tatiana Botovelo - Le rêve Selon Mircea Eliade

There can be no tale without a public.

Galerie de la Voûte presents : « On ne dormira jamais » (« We will never sleep ») A group exhibition by Tamina Beausoleil, Corine Borgnet, Cornelia Eichhorn, Iris Gallarotti and Nathalie Tacheau.

According to Bruno Bettelheim, fairy tales are like a magic mirror reflecting various aspects of our inner world as well as of approaches necessary to move on from immaturity to maturity. For those who immerse themselves into what fairy tales have to tell, they appear as a quiet world which first mirrors our image ; but beyond that image, we soon discover our mind’s inner turmoil, its depth as well as how we make peace with it and with the outer world, which thus rewards our efforts.

« The artwork by Corine Borgnet, beneath its outwardly playful and peculiar aspects, is fully dedicated to childhood which is considered as the original and ultimate space of freedom by the artist. She is not necessarily caught up in nostalgia for this « enchanted time » but she sees this time in life as a special timespace where the dual power of pleasure principle and childhood terrors – source of all fantasies – has not yet colluded with rationale, with reality principle and economic needs... »*

Tales encourage wanderlust but also convey messages. They help understand the world and the human existence through metaphors and embodiments... They easily give meaning to reality while allowing us to transcend ourselves and they leave room for our inventiveness by inviting us to an
imaginary journey where everyone can find their own proper meaning and their own lesson in life depending on everyone’s own lifestory.
The artwork by Nathalie Tacheau is composed with cutouts and collages of original drawings, with repetitive tracings of her drawings and their copies which are merged with images from various sources. Influenced by associations of ideas, the artist recreates beings, men, women, animals and children. She brings them together, she superimposes them and distorts them until the assembly stands as the beginning of a story, of a fiction, as the « anchor point » of a narrative which will be revealed through the way others look at it.

« Ceci est un conte... » (« This is a tale of... ») « ...Il était une fois, trois fois rien... » (« Once upon a time, hardly anything... »). Nearly universal wordings and presto, here is space for speech and silence, space for telling. Like time and space for dreams, time and space for tales create a different plane of which many elements look familiar. According to Étienne Perrot who translates Jung’s work, tales are complex dreams and dreams are night tales. To Geza Roheim, an anthropologist, tales most likely
result from dream narratives.
Iris Gallarotti is inspired by an imagery which operates according to paradoxical appearance-disappearance showing what we cannot see or what we don’t know that we know. Her artwork is relentlessly about memory, the memory of the body and of the mind, between reminiscence and memories reconstructions. « Iris Gallarotti does not see herself as looking for imaginary trophies to take home with her. Instead she is looking for a gaze from the very depths of the human being... Here the asleep dreamer makes way to the sleepless dreamer who is left aghast by what drawings display and distill while translating the picture of dreams to another realm of sense perception. »**

Tales and dreams are made of the same stuff. Both speak the same language, the language of symbols. They turn the other side of somebody’s experiences or of society’s experiences into visuals and scenarios.

Tales speak out to the most intimate depths of our being. They show a « comparative anatomy » of the collective human soul and deliver enchanting messages. They are like an encountering which helps to develop, to improve, to grow. Tales address all our resource requirements « from the thinking to the muscles » and engage society.

Cornelia Eichhorn is looking for an artistic language staging some sort of torture which she inflicts upon her protagonists, either in their
postures, their actions or through their environment ; thus, they become puppets, guinea pigs who are forced to incarnate dysfunctional human relationships and values, perverted power dependencies between the individual and the group. She uses violent imagery because these vexations are minimized in society although there can be nothing more violent as they condition our whole existence.

Like artworks, like wordings opening the door to enchantment, this very enchantment with different forms, whether it be fantasy, realism or surrealism, which intends to reveal day-to-day reality as unknown and always new to us.
Like an initiation rite of passage necessary to evolve from one state to another, to develop, to grow through metamorphoses, a rite of passage allowing us to move on from nature to culture, from animality to humanity.
The artwork by Tamina Beausoleil includes drawings, collages, oil paintings and photographs. It questions representation of the body and of the living beings in their multiple forms. And the question is as follows : how, through its
day-to-day naming (nicknames, colloquial speech), through its scientific corpus (anatomical wall chart, medical imagery) and archetypal figures (erotic postures, myths and legends), are we aware of our own body within the realm of brutal reality and wildest fantasy ?
Images then become hybrid, polysemous, poetic, demonstrative and while challenging certainties and standards, from within and without, like in eye opening tales they disrupt our temptation of self-forgetfulness.

The initiation rite is to be viewed as an idea of personal development and fulfillment where each experience makes us evolve, it then becomes meaningful, both in human and spiritual terms. It is about an initiation testing where we enjoy a different existence, like a legacy from ancient societies, a transmission.

Tales always aim at defying « death » and at ending up better than ever before.

« Ne pas croire aux fées, c’est ne pas croire à soi même. » (« To not believe in fairy tales means to not believe in oneself. ») Aragon

Isabelle Nourry & Thomas JM
*Marie Deparis-Yafil
**Jean-Paul Gavard-Perret
Bruno Bettelheim, Psychoanalytic Feral Tale, translated by Théo Carlier
« Conférences Consonances au Théâtre de la Renaissance à Oullins » Laureline Amanieux Anne-Claire Huby Tatiana Botovelo - Le rêve Selon Mircea Eliade (Myths, Dreams and Mysteries by Mircea Eliade)