Éric Dubuc


***La Galerie de la Voûte présente une vingtaine d’oeuvres, peintures et dessins, de l’artiste Éric Dubuc (1961 - 1986).***

Exposition du 8 janvier 2016 au 2 février 2016.

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Il s’agit avant tout du parcours solitaire d’un jeune homme farouchement indépendant qui affirme très tôt sa personnalité, indifférent aux effets de mode, étranger au divertissement, à la fois réfléchi et hypersensible, renfermé et révolté, qui dompte ses émotions par une précision et une rigueur qui étonnent et parfois effrayent.
L’art expressif, froid et distant d’Éric Dubuc peut paraître décalé, sinon anachronique chez un jeune artiste des années 80.
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Alors que la plupart des jeunes artistes, du moins à cette époque, préfèrent la peinture qui autorise l’approximation et permet les effets, Éric Dubuc, épris d’exactitude, choisit le dessin, art de la rigueur, qui restera pour lui primordial. Sa peinture en est dérivée, fruit d’une lente élaboration.
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Il trouvera véritablement son expression propre à partir de 1983 dans un style réaliste et distancié, à la fois expressif et précis.
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Ce n’est sans doute pas un hasard si le jeune artiste a été influencé, fasciné même par la Nouvelle Objectivité, ce mouvement qui exprime la désillusion par une ironie glacée qui succède au lyrisme utopique de l’expressionnisme d’avant la première guerre mondiale.
À presque un siècle de distance, Éric Dubuc a suivi le même itinéraire. Il renonce aux effets, domine ses émotions. Son inspiration s’est disciplinée, son regard s’est aiguisé, son trait est devenu rigoureux et précis.
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Le dernier autoportrait vertical, de grand format (1986) est aussi son chef-d’œuvre. L’artiste s’est représenté de profil, face à sa table de travail dans son studio des Gobelins. Il est assis sur un tabouret devant un bureau rangé mais vide, une main posée à plat, l’autre se tenant la tempe dans la position conventionnelle du mélancolique, le regard perdu fixant le mur invisible qui lui fait face.
Chaque détail est peint avec une méticuleuse, froide et égale précision, de telle sorte qu’aucun ne ressort. À première vue, pas de préférence, pas d’affect, le regard glacé d’un entomologiste, d’où ce climat étrange où le réalisme à force de précision et de neutralité prend une dimension magique.
Pourtant, à regarder le tableau de plus près, on découvre que le réel n’est pas anodin. Le paysage perçu à travers la fenêtre fermée laisse voir un bâtiment de style gothique tardif (le Château de la Reine Blanche) encadré par des immeubles de verre et d’acier des années 70 : raccourci architectural fortuit mais éloquent du monde de Dürer et de celui de la Nouvelle Objectivité. Dans cette pièce où la fenêtre occupe pratiquement tout l’espace, on découvre à gauche un tableau de jeunesse de l’artiste où apparaît à la dérobée un personnage décharné et effrayant, tandis qu’à droite de la scène l’abat-jour de la lampe est tronqué et le regard du peintre fixe le néant.
On le sait, dans chaque œuvre personnelle, authentique, par-delà la volonté de représentation, perce le non-dit, l’inconscient. De la dernière oeuvre qu’Éric Dubuc exécuta juste avant de se donner la mort, peut-être son plus beau dessin, émanent une solitude, une tristesse émouvante et
pudique. Un arbre dépouillé, au tronc noueux et aux branches tourmentées, se dresse isolé, rendu avec une précision hallucinante qui rappelle Caspar David Friedrich. Puis le silence.

Extrait de la préface de Yves Kobry* du Livre « Eric Dubuc » paru aux Editions du Héron en 2007

Yves Kobry est Docteur en histoire de l’art, Critique d’art et Commissaire d’expositions.