Anne-Marie Toffolo - Photos

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Qu’est-ce qui fait que dans le déferlement des photos qui inonde internet en général et facebook en particulier, le regard s’arrête sur certaines ?
Qu’est-ce qui fait que soudain, dans le flux, une petite musique survient, et revient ?
Rien de ce qui fait habituellement la beauté classique : les photos d’Anne-Marie Toffolo, ne sont pas mises en scène, ne sont pas travaillées, mais il y a quelque chose, autre chose, une façon de saisir la lumière, un détail, un sens aigu du cadrage, une manière de regarder le réel. C’est un art de l’instantané, qui évoque le fameux instant décisif d’Henri Cartier-Bresson : « L’appareil photographique est pour moi un carnet de croquis, l’instrument de l’intuition et de la spontanéité, le maître de l’instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois. ».
Comme les espontaneos, ces apprentis toreros qui parcourent les routes à la recherche d’une bonne occasion, elle saisit ce qui passe à sa portée, l’air de rien, le nez au vent, mais l’oeil aux aguets. A l’heure de la retouche, elle livre du brut, et pratique une forme d’arte povera, avec pour toute arme son téléphone portable.
Dans les photos présentées ici, la majeure partie a été prise dans le métro parisien. Comme The Passengers de Walter Evans, dans le métro new-yorkais en 1941, comme Chris Marker, dans le métro parisien entre 2008 et 2010, elle a saisi les gens à leur insu, ignorant le droit à l’image - elle se définit d’ailleurs volontiers comme une pie voleuse emportant des trésors, un chasseur ramenant ses trophées, usant de cette arme du pauvre qu’est la ruse.
Mais il y a de la délicatesse et de la malice dans son approche et une fascination pour ces lieux où la frontière entre public et privé se fait ténue. Dans la promiscuité du métro, chacun est seul dans ses pensées, absorbé, absent. Silhouettes de dos laissées à leurs mystères, duos saisis serrés, scène de groupe où cohabitent le vison et le piercing des punks à chien, elle puise dans cet espace ce qu’elle cherche partout : un monde qui se dérobe à la maîtrise et offre des échappées vers une autre réalité.

L’image est parfois saturée de publicités, d’informations. Elle ne cherche pas à les éliminer mais elle les replace dans un nouveau réseau de significations qui leur confère soudain une valeur différente. Une publicité pour Bompard occupe le champ mais les moutons dans le métro évoquent une autre forme de troupeau. Ailleurs, les rayures d’un pull rappellent celles d’une banquette, un chien sans maître et sans collier lui fait face dans un couloir, tandis que sur une plage, une femme passe le râteau dans l’ombre de son parasol… Pas de hiérarchie chez elle, chacun a sa grandeur. Un chien a autant d’humanité qu’un homme qui fait la manche dans un escalier, ou que celui qui, en se levant pour attraper la rame semble tout droit sorti d’un film d’action américain, prêt à la riposte.
Le toréro El Cordobes déclara paraît-il un jour : « Je ne torée pas, je fais des trucs avec le taureau ». Anne-Marie Toffolo dirait sans doute volontiers la même chose de sa pratique : « Je ne fais pas de photos, je fais des trucs avec mon téléphone portable ». Ses « trucs » ne cherchent ni à magnifier, ni à dénoncer, mais à saisir ce qui constitue les petits riens de l’humanité, sa part rêveuse, son aspect à la fois dérisoire et grandiose. Ce faisant, elle fait un portrait du monde dans sa banalité et son mélange, et rend à chacun sa part irréductible de singularité. En suivant des chemins de traverses, Anne-Marie Toffolo apprivoise ainsi le réel, défiant l’air de rien un système qui, lui, préfère souvent la ligne droite.
Emmanuelle Mougne

Vernissage vendredi 3 février 2017 à partir de 17h00

Exposition du 4 au 19 février 2017
Ouvert tous les jours de 16h à 19h sauf le lundi et le jeudi

Commissaire d’exposition Laurent Quénéhen